PROFESSIONS LIBÉRALES DE SANTÉ
Trésorerie d'une SELARL de santé: que faire des excédents d'un cabinet ?
Les cabinets de santé exercés en SELARL — vétérinaires, chirurgiens-dentistes, médecins, radiologues, ophtalmologues — partagent un profil financier très particulier : peu de besoin en fonds de roulement, des résultats nets réguliers, et au fil des années une trésorerie qui s'accumule sans emploi clair. Le capital de travail d'un cabinet, c'est le praticien, pas la machine. L'argent rentre, et il dort.
Ce n'est pas une critique — c'est une caractéristique structurelle du métier. Mais une trésorerie qui dort à 0,5 % alors que les capitaux propres dépassent un, deux, parfois trois fois le résultat annuel, c'est un manque à gagner silencieux. Voici les leviers spécifiques à une structure libérale de santé.
1. Pourquoi la trésorerie s'accumule dans une SELARL de santé
Trois mécanismes se combinent :
- BFR quasi nul: les patients/clients paient comptant ou à très court terme, il n'y a pas de stock significatif. Le cash encaissé reste dans la société.
- Arbitrage rémunération / dividende: pour limiter les charges sociales, beaucoup d'associés laissent une partie du résultat dans la SELARL plutôt que de tout se verser. Les capitaux propres gonflent.
- Comptes courants d'associés: il n'est pas rare de voir des CCA importants, eux aussi non rémunérés ou très faiblement.
Résultat typique observé en mission : un cabinet à 2-3 M€ de chiffre d'affaires avec 400 à 800 k€ de trésorerie au bilan, et une part significative qui n'a aucune raison opérationnelle de rester sur le compte courant.
2. Distinguer la trésorerie « de fonctionnement » de l'excédent durable
Le premier travail n'est pas de placer — c'est de segmenter. On distingue trois poches :
- La poche de fonctionnement: 2 à 3 mois de charges courantes, disponible instantanément. On n'y touche pas.
- La poche de précaution: de quoi absorber un imprévu (remplacement d'un plateau technique, départ d'un associé, baisse temporaire d'activité). Placement sécurisé et liquide.
- L'excédent durable: ce qui reste, et qui, par construction, ne sera pas mobilisé avant plusieurs années. C'est cette poche qui mérite une vraie stratégie.
Tant qu'on n'a pas tracé cette frontière, on place trop peu (par prudence floue) ou trop (en bloquant du cash dont on a besoin). L'audit sert d'abord à poser ce diagnostic, chiffres en main.
3. Les supports adaptés à une structure libérale
Une SELARL place comme une société classique (IS), mais son horizon long et son absence de BFR ouvrent des options intéressantes :
- Compte à terme pour la poche de précaution à échéance connue (2,5-3,2 % brut en 2026).
- Contrat de capitalisation sociétépour l'excédent durable : les gains capitalisent sans frottement fiscal annuel, l'IS n'est dû qu'au rachat — un atout majeur sur un horizon de plusieurs années.
- OAT et obligations pour sécuriser un rendement supérieur au livret sur des volumes significatifs.
- Immobilier de la SCI d'exploitation: beaucoup de cabinets détiennent déjà leurs murs via une SCI. L'excédent de la SELARL peut financer l'acquisition ou l'agrandissement plutôt que de dormir.
Le détail des supports, leurs rendements et leur fiscalité sont décryptés dans notre comparatif des placements 2026.
4. Le moment-clé : la transmission entre associés
La majorité des cabinets de santé sont des structures pluri-générationnelles: un fondateur de 55-60 ans, des associés plus jeunes, et tôt ou tard un rachat de parts à organiser. C'est le moment où la trésorerie accumulée devient un sujet stratégique, pas seulement financier.
Une trésorerie pléthorique gonflela valeur des parts — donc le coût de rachat pour le repreneur, et la fiscalité pour le cédant. Anticiper la structuration (distribution maîtrisée, capitalisation sur la tête du dirigeant, préparation du haut de bilan) plusieurs années avant la cession change radicalement l'équation. C'est un travail qui se prépare froidement, en amont, pas dans l'urgence du départ.
Illustration : un cabinet à 2,5 M€ de CA
Prenons un cabinet libéral de santé, trois associés, 2,5 M€ de chiffre d'affaires, capitaux propres de l'ordre de 1 M€, et 600 k€ de trésorerie au bilan. Après segmentation : 150 k€ de fonctionnement, 100 k€ de précaution, et 350 k€ d'excédent durable.
Ces 350 k€ qui dormaient à 0,5 % (1 750 €/an) replacés à un rendement moyen pondéré prudent de 3,3 %, c'est environ 11 500 €/an, soit ~9 700 € de mieux chaque année — sans toucher à la liquidité opérationnelle, et sans prendre de risque déraisonnable. Sur la durée qui précède une transmission, l'écart cumulé devient significatif.
Ce qu'il faut retenir
Un cabinet de santé en SELARL n'a pas besoin de prendre des risques pour faire travailler sa trésorerie. Il a besoin de segmenter (quelle poche pour quel horizon), de mettre les supports en concurrence plutôt que de signer le produit maison de la banque, et d'anticiper la transmissionplusieurs années à l'avance.
Le rôle d'un conseil indépendant n'est pas de vendre un produit — c'est de poser le diagnostic, de chiffrer les poches, et de challenger les propositions reçues. La rémunération éventuelle sur les supports placés est transparente et encadrée (MIF II / IAS) ; le conseil, lui, reste neutre.
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